Face à la mère ou dialogue au bout de la mort

Face à la mère, Les solitaires intempestifs, 2006

Face à la mère est une pièce de Jean-René Lemoine parue en 2006 aux éditions Les Solitaires Intempestifs. Écrit dans un style bien ciselé, d’une écriture limpide et douce, le texte se veut être un rendez-vous avec l’absente – la mère disparue dans les terres de l’enfance, le pays natal. Un dialogue au-delà de la mort pour ré-inventer la présence de cette femme-mère.

 

Un fils et une mère se parlent –le fils écrit à la mère. Dans le clair-sombre de l’exil. Au-delà de la mort. Du temps et de l’espace. Cet exil sans retour forgé par le temps et la distance, la mer et les frontières que nous inventons à cœur/chœur perdu. À force de silence, de repli sur soi.

Le fils parle à la mère –cette mère enseignante assassinée un soir dans la maison familiale. Le cœur serré, mélancolique, la voix lourde comme une pierre et les paroles toutes empreintes de regrets et de remords. Et ce trop-plein d’amour de cette mère qu’il n’a pas voulu supporter le temps de son vivant. Le temps qu’il s’apprêtait à entrer dans l’âge adulte. Parce qu’il avait besoin d’intimité. De liberté. Ne plus se sentir épié. Pour ne pas devenir un saint comme la mère toujours enveloppée dans son costume de sainte.

Face à la mère est ce monologue polyphonique –récit de ce fils qui s’adresse à sa mère morte. Ou plutôt un dialogue impossible, improbable sur le passé familial, sur le pays qui se meurt. Plus qu’une pièce de théâtre, le texte se veut aussi un récit de mémoires, de champs/chants de souvenirs. Avec des blessures qui saignent. Des cicatrices qui ne ferment pas.

Tout le texte est traversé par des échos douloureux. Des séparations qui n’en finissent pas. Des souvenirs épars : l’enfance, le départ pour l’exil, les allers-retours de l’Afrique à l’Europe, le père qui s’en va refaire sa vie à Kaboul. Des soupirs prolongés. Des cris de joie et des brins de bonheur fugaces. Que quitter son pays est aussi difficile et dur de se séparer des siens.

Face à la mère est une pièce ou plutôt un texte, un poème en trois mouvements, tel La divine comédie de Dante, autour d’un seul et même vécu : l’amour filial, l’amour de la terre natale. Chant/champ d’amour, quête de réconciliation, de soi et de l’autre qui dit l’impossibilité du dire et les rendez-vous manqués qui heurtent l’existence, même après la longue odyssée (sans retour) qui conduit à la félicité.

Jean-René Lemoine, Face à la mère, Paris, Les Solitaires Intempestifs, 2006, 64 pages.

 

Dieulermesson Petit Frère

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