Imaginaires, Légendes et Croyances populaires

Article : Imaginaires, Légendes et Croyances populaires
15 janvier 2020

Imaginaires, Légendes et Croyances populaires

APPEL À CONTRIBUTIONS POUR LE 15e NUMÉRO DE LA REVUE LEGS ET LITTÉRATURE

Date limite : 15 mai 2020

L’Association Legs et Littérature (ALEL) lance un appel à contributions pour le 15e numéro de la revue Legs et Littérature, consacré à la thématique Imaginaires, Légendes et Croyances populaires qui paraîtra en juin 2020 chez LEGS ÉDITION.

Le terme folklore renvoie dans le monde scientifique, affirme Emile Sicard, « un peu et uniquement [à] quelque chose de plus ou moins mythique, qui ne représente que peu d’éléments concordant avec la réalité concrète et ce, jusque dans l’adjectif qui en est dérivé, quelque chose de peu sérieux »[1] ».  Il renvoie, dans une certaine mesure, aux usages, aux traditions, à un système de valeurs et de croyances plutôt basés sur les sens et non sur des catégories scientifiques. Le mot est apparu pour la première fois, à en croire le comte de Puymaigre[2], dans le numéro du 22 aout 1846 de l’Athenaeum. Créé par Williams J. Thoms à partir de l’association de l’anglais folk (peuple) et lore (tradition orale) pour qualifier la science du peuple, il évoque la culture nationale commune, le patrimoine populaire[3]. Si dans Le Larousse du XXe siècle, le folklore est défini comme « la science des traditions, usages, croyances, légendes et littératures populaires », peu importe l’approche considérée (littéraire, anthropologique, sociologique, ethnologique), il comprend donc l’ensemble des traditions, chants, danses, narrations/récits, contes, modes de penser, jeux conçus par la croyance populaires et rapportés sous forme orale.

En effet, le terme folklore est utilisé aujourd’hui, et ceci depuis le début du XXe siècle pour « qualifier une science qui a graduellement étendu son domaine, au point d’englober l’ensemble de la vie humaine »[4]. C’est donc la science des traditions, des coutumes, le savoir populaire conçu ou construit à partir des sens transmis de générations en générations et donc préservé par la mémoire. Son champ d’étude embrasse donc « des curiosités culturelles tenues pour être les survivances d’une période antérieure de l’histoire des peuples à écriture, « civilisés »[5]. L’origine d’une telle science est, généralement, attribuée aux travaux de Jacob Grimm – « point de départ de la constitution de la philologie comme discipline scientifique au sens moderne ; selon une tradition solidement établie, ils représentent également l’origine des études de folklore. Cette affirmation caricaturale, et quelque peu naïve, méconnaît à la fois le rôle de l’Académie celtique, antérieur à celui de Grimm, dans l’initiation de l’étude des traditions populaires mais aussi les liens que le savant allemand a noués avec cette institution et l’influence qu’elle a exercée sur lui »[6].

Si le folklore englobe les savoirs, les croyances populaires, qu’en est-il donc des traditions ? N’est-ce pas le legs d’une époque qui persiste dans le présent ? Il s’agit là d’une inscription permanente d’un certain passé dans le présent. Aussi la tradition renvoie-t-elle à la fois à un message culturel de sens profond et à sa transmission. À cet effet, comment les sociétés arrivent-elles à transmettre ce message et à faire le tri de ce passé si lourd de charge culturel. Dans son article paru dans la revue Terrain sur la notion de tradition, Gérard Lenclud affirme que ce qui relève de tradition est tout « ce qui passe de génération en génération par une voie essentiellement non écrite, la parole en tout premier lieu mais aussi l’exemple »[7]. Dans ce contexte, la littérature, compte tenu du fait qu’elle nous permet de nous assumer et, du coup, d’assumer le monde, et puisqu’elle est « le miroir de la société », donc son expression, elle est l’une des plus grandes garantes des valeurs du passé. En tant qu’ « Exercice de pensée et expérience d’écriture, la littérature répond à un projet de connaissance de l’homme et du monde », a souligné Antoine Compagnon[8] dans sa leçon inaugurale au Collège de France en 2006. D’où le bien-fondé des propos de Leslie Kaplan qui croit que « La fiction, l’invention par les mots, la liberté que donne l’écriture […] ce n’est pas n’importe quoi, c’est une façon à la fois de prendre la réalité au sérieux et d’expérimenter sa non-nécessité. Au lieu de s’aplatir devant la réalité, de dire c’est comme ça, c’est une façon de répondre, de transformer »[9].

Ce numéro de Legs et littérature s’intéresse à la question des imaginaires, légendes et croyances populaires sous plusieurs angles, dans différents aspects et différentes sphères géographiques. « La fiction, poursuit Lesli Kaplan, cette expérience du possible, est une des façons de sortir de l’aliénation, de l’enfermement, de ce ressassement malheureux et misérable qu’est le seul souci de soi »[10]. En quoi  la littérature permet-elle de sortir de soi et s’ouvrir à l’autre tout en restant attaché à ses légendes et traditions ? Qu’apporte-t-elle aux légendes et les croyances populaires qui se sont érigés à travers les époques comme les socles des sociétés et vice versa ? Comment la littérature interroge-t-elle ou s’approprie-t-elle des légendes et des croyances populaires à travers les siècles ? Il s’agit donc de traiter des rapports du folklore et de la littérature et de la place des mythes dans le champ littéraire.  

Le propos n’est donc pas de proposer ni de présupposer, à prime abord, une définition de la tradition, du folklore, mais d’étudier minutieusement les différents regards portés sur ces notions par des écrivains dans leur propre travail d’écriture ou de lecture et d’interprétation de textes, en tant que critiques littéraires et ou chercheurs. Peu importe l’approche considérée (théorique, comparatiste, sociologique ou textuelle), la réflexion sur les liens entre auteurs, textes, légendes et traditions dans les différents contextes portera nécessairement sur la transmission de la tradition par le texte.

Ces pistes n’ont pas la prétention d’être exhaustives. Ainsi, la Revue Legs et Littérature invite les contributeurs/rices à explorer d’autres aspects de la question sur le plan diachronique et synchronique et espère, par les différentes propositions, dégager une vue d’ensemble de la question touchant même à des domaines insolites qui sont peu ou pas abordés par la critique. Alors que toute étude comparative et interdisciplinaire de cette thématique est souhaitée, les postulants peuvent résolument s’inspirer des axes suivants dans leurs propositions, la liste n’étant pas exhaustive. 

Axes thématiques :

Axe 1 : Folklore et littérature jeunesse : qu’apporte le folklore à littérature enfantine ?

Axe 2 : Folklore et littérature : existe-t-il une esthétique folklorique ? Que doit la littérature au folklore et vice versa ?

Axe 3 : Roman fantastique et/ou littérature fantastique : quels sont les champs du roman et/ou de la littérature fantastique ? Jeux, enjeux et contradictions entre littérature, roman et politique.

Axe 4 : Littérature et tradition : la littérature permet-elle aux traditions de se perpétuer ? Comment les écrivains s’approprient et/ou transforment-ils les traditions ? Le poids des traditions dans leur travail d’écriture.

Axe 5 : Littérature et changements sociaux : le rapport de la littérature avec le social, les mœurs, les traditions et les comportements. Ce qu’elle apporte comme actif dans le processus de changement et/ou d’évolution de la société.

Axe 6 : Littérature et merveilleux : fiction, imaginaires, surnaturel. La place du merveilleux dans le roman et les récits francophones. La figure du vampire

Axe 7 : Mythes et légendes : usages et valeurs des mythes et des légendes dans le corpus littéraire.  Les mythes modernes : Dracula, Frankenstein, La petite sirène, Aladin, Cendrillon…

Axe 8 : Tradition et renouvellement : la tradition comme source/origine. Comment les traditions se renouvellent-elles ?

Protocole de présentation et de soumissions des textes :

L’auteur devra envoyer sa proposition de contributions par courrier électronique en format Word tout en indiquant (1) son nom ou pseudonyme, le cas échéant, (2) son titre universitaire, (3) le titre du texte ou les premiers mots de chaque texte (4) sa notice biobibliographique ne dépassant pas 100 mots, (5) un résumé (Abstract) du texte ne dépassant pas 250 mots.

Longueur des textes

– 4 000 à 6 000 mots pour les réflexions, les textes critiques portant sur une œuvre littéraire.

– 1 000 à 1 200 mots pour les notes ou comptes rendus de lecture.

– 1 000 à 1 500 mots pour les portraits d’écrivains.

– 1 500 à 2 000 mots pour les entretiens avec des écrivains, critiques littéraires et chercheurs.

– Poèmes ou nouvelles en français : maximum 5 pages ou 5 poèmes.

La police de caractères exigée est le Times New Roman, taille 12 points, à un interligne et demi, et une taille de 10 points pour les notes de bas de page, police de caractère, Calibri.

  • Titre du texte: le titre doit être en gras avec les titres des œuvres en italique. S’il comporte deux parties, utilisez deux points au lieu du soulignement. Exemple : Chauvet et Faulkner : cas d’intertextualité.
  • Les références: toute citation doit être associée à une note de bas de page. Les citations de moins de 5 lignes sont intégrées au texte et indiquées par des guillemets –sans italique. Allez à la ligne et utilisez l’alinéa pour les citations de plus de 5 lignes. Dans ce cas, il n’y a ni guillemets ni italique. Veuillez indiquer les références en bas de pages (Prénom, nom de l’auteur, titre du livre, lieu de l’édition, maison d’édition, année de publication. Ex : Marie Vieux-Chauvet, Fille d’Haïti [1954], Paris, Zellige, 2014.)
  • Bibliographie, Livres : Indiquer le nom de l’auteur (maj.), prénom (min.) suivi du titre de l’ouvrage (italique), lieu de l’édition, maison d’édition, année de publication. Ex : VIEUX-CHAUVET, Marie, Fille d’Haïti, Paris, Zellige, 2014.

S’il s’agit d’un livre publié plus d’une fois, il faut préciser l’édition consultée et l’année de la première publication mise entre crochets précédée du titre. Ex : VIEUX-CHAUVET, Marie, Fille d’Haïti [1954], Paris, Zellige, 2014.

  • Chapitre d’un livre : Nom de l’auteur (maj.), Prénom (min.), titre du chapitre (entre guillemet), titre de l’œuvre (italique), ville, édition, année de publication.

Article de revue: Nom de l’auteur (maj.), Prénom (min.), titre de l’article (entre guillemet), nom des directeurs du numéro, nom du magazine, journal ou revue (en italique), volume, numéro, année de publication, pages consultées. Ex : LAHENS, Yanick, « Chauvet, Faulkner : cas d’intertextualité », Carolyn Shread, Wébert Charles (dir.), Revue Legs et Littérature, No 4, janvier 2015, pp. 65-82.

Date limite de soumission des propositions : 29 février 2020.

Date limite de soumission des articles : 15 mai 2020 ; 23h 59 min 59 sec.Envoyez vos propositions d’article avant le 29 février 2020 à legsedition@outlook.com


[1] Emile Sicard, Folklore contemporain et littérature dans leurs rapports avec la sociologie des peoples sud-slaves, n: Revue des études slaves, tome 51, fascicule 1-2, 1978. Communications de la délégation française au VIIIe Congrès international des slavistes (Zagreb, 3-9 septembre 1978) pp. 217-224.

[2] Pour Theodore Joseph de Puymaigre cité par Jean Price-Mars, le « Folklore comprend dans ses huit lettres, dit-il, les poésies populaires, les traditions, les contes, les légendes, les croyances, les superstitions, les usages, les devinettes, les proverbes, enfin tout ce qui concerne les nations, leur passé, leur vie, leurs opinions. Il était nécessaire d’exprimer cette multitude de sujets sans périphrases et l’on s’est emparé d’un mot étranger auquel on est convenu de donner une aussi vaste acception… ». Cf. : Jean Price-Mars, Ainsi parla l’oncle. Essais d’ethnographie, [1928], Port-au-Prince, Imprimeur II, 1998, p. 4. 

[3] Selon Claudine Gauthier, « L’origine de cette science est attribuée, ordinairement, aux travaux de Jacob Grimm et s’associe étroitement au renouveau du concept de philologie, opéré dès le début du XIXe siècle, discipline dont le folklore est issu avant de parvenir à s’ériger lui-même en tant que science autonome ». Pour approfondir, voir Claudine Gauthier, « Philologie et Folklore : De la définition d’une frontière disciplinaire (1870-1920), in Les carnets du Lahic, No 2, LAHIC/Mission Ethnologie (Ministère de la Culture). Mission Ethnologie (Ministère de la Culture), 2008, p. 4. URL : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00505586

[4] Ibid., p. 7.

[5] Ibid., p. 8.

[6] Ibid., p. 5.

[7] Gérard Lenclud, « La tradition n’est plus ce qu’elle était… », Terrain [En ligne], 9 | octobre 1987, mis en ligne le 19 juillet 2007, consulté le 04 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/terrain/3195

[8] Antoine Compagnon, La littérature, pourquoi faire ?, Paris, Fayard, 2007, p. 24.

[9] Lesli Kaplan, « Qui a peur de la fiction ? », Libération, 13 février 2001.

URL : https://www.liberation.fr/tribune/2001/02/13/qui-a-peur-de-la-fiction_354470

[10] Lesli Kaplan, Ibid.

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