Les matins humides de Marie Alice Théard

©www.ile-en-ile.org | Marie Alice Théard

 

Marie Alice Théard est surtout connue comme galeriste, historienne de l’art. Commissaire d’exposition à Festival Arts, cette galerie d’art de l’avenue Magny à Pétion Ville, coin tranquille, cadre idyllique propice à l’évasion et la création, qui n’a de cesse de booster la création picturale. Grande dame au cœur tendre, élégante, très cultivée cette passionnée folle du troisième art qui, du haut de ses soixante ans, traînant derrière elle tout la grâce d’Hélène et la sagesse de Minerve, est aussi une artiste qui sait faire « éclater les mots » en morceaux de rêves, de songes, de corps et de murmures qui disent ses zones d’ombres et ses désirs ensoleillés.

Poète des petits matins humides et des nuits chaudes, sa verve poétique est d’une sensualité et d’une sensibilité hors saison qui rappelle en certains endroits les « solitudes dans la touffeur des mêmes draps » de Yanick Jean. Chez elle, l’écriture poétique prend des proportions érotiques contagieuses. Une poésie fièvre ardente qui brûle la peau et incendie les reins. Il ne s’agit point de cet érotisme à bon marché éparpillé sur les pages blanches de ces poètes des heures sombres perdus à Vingt milles lieux sous les mers. Une poésie dépouillée des artifices de la pudibonderie. Qui dit sans fard et sans malice les cris et les élans d’un cœur qui s’ouvre tout entier à l’autre…

 

Petit matin

Hier au petit matin dans l’alcôve froissée la chaleur de ton réveil me rappela mes souvenirs d’éclat de rire

des gestes de cœur qui remontent à mon enfance

Et j’ai voulu arrêter le fleuve des heures qui voyagent pour te garder encore encore encore

 

J’ai voulu dessiner pour toi des graffitis de monts bleus

où s’accrocheraient des grelots d’argent à chaque phrase banale

J’ai voulu des gestes ordinaires balayer le littoral pour y créer des baies de plénitude où tu viendrais reposer oubliant la douche matinale

J’ai voulu recréer ta chaleur au fond de mes draps

J’ai voulu me fondre en toi

[…]

Ma main accapareuse aurait aimé ébouriffer tes émotions multiples dans l’inlassable enfouissement

de l’agrafé de nos étreintes

et la confondance de nos replis secrets

Mais la germination du soleil arrêta mon audace

conversation anodine avait pris place

Cette admission dans l’embrasure de la fenêtre de nos amours

est un arc-en-ciel porteur d’heureux présages

 

THÉARD, Marie Alice, Au pays du soleil bleu, Pressmax, S.A, 1997, 77 pages.

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