Liancourt découvre Marie Vieux-Chauvet

© D. Petit Frère | Photo-souvenir des membres de l'atelier à l'entrée de la Bibliothèque communautaire de Deschapelles

 Après la séance plénière déroulée à Alvarez resto club le vendredi 12 août écoulé, c’est à Liancourt, dans le département de l’Artibonite que l’atelier autour de Marie Vieux-Chauvet a déposé ses bagages les jeudi 18 et vendredi 19 août 2016. Environ une quinzaine de jeunes ayant à leur tête le professeur Marc Exavier ont fait le voyage dans la cité de Jacques Stéphen Alexis en vue de partager avec les Liancourtois leur passion de ce « plaisir gratuit qui donne accès à la liberté » qu’est la lecture.

 

La première destination était Verrettes, cette ville qui a accueilli, de 2013 à 2015, les trois éditions de la foire « Verrettes à découverte du livre ». Ce projet initié par l’ancien député de la zone Vikens Dérilus en collaboration avec le groupe Apolect (Actions pour la lecture) s’est malheureusement arrêté en chemin. Il était environ 13h15 quand la caravane a débarqué dans cette commune qui a vu naître l’ancien président Dumarsais Estimé (1900-1953). Direction : bibliothèque du Centre de lecture et d’animation culturelle, Clac. Le soleil est de plomb. Il n’y a pas âme qui respire sur la petite place d’à côté. Quand enfin le bus s’est arrêté devant l’entrée du centre, un ouf de soulagement s’échappa du groupe des missionnaires. C’est qu’ils avaient hâte de voir la bibliothèque et faire connaissance avec ces jeunes qui, depuis plus d’une heure, attendaient le message du salut.

La petite salle de lecture qui fait aussi office de bibliothèque n’est pas assez confortable. Ce qui, en toute sincérité, n’invite pas vraiment à la lecture. Surtout en cette période estivale, mais bon, ici l’utile ne rime pas toujours avec l’agréable. C’est d’ailleurs le cadet des soucis de ceux qui décident. Nous avons des enfants qui sont habitués à recevoir le pain de l’instruction à même le sol. Tant mieux, il y a quelques livres, ceci pour tous les âges. Et des toilettes aussi. Si, dans la salle d’à côté quelques jeunes se donnent à fond dans la préparation d’un spectacle, dans la bibliothèque, quelques enfants, tête baissée, accrochés à leur livre, s’adonnent à l’exercice de la lecture. Et quand le professeur Marc Exavier prend la parole pour ouvrir l’atelier sur l’auteur d’Amour, Colère et Folie, une voix, au fond de la salle, se fait entendre :

  • « Professeur, où est Marie Chauvet ? Je suis venue pour la voir, car le responsable du centre nous avait dit qu’elle sera là. »

Elle a dix-neuf ans. Élève de neuvième année fondamentale, elle dit avoir une passion pour la lecture et aimerait que d’autres jeunes de la commune aient accès au livre. C’est dans cet esprit qu’elle a fondé avec quelques amis du quartier le « Club des amis fidèles de la lecture » (Clafil). Si autant que les autres elle ne savait pas que Marie Chauvet est morte depuis 1973, c’est la faute au ministère de l’Éducation nationale qui, jusqu’à présent n’a pas pensé à revoir le curriculum et intégrer la littérature contemporaine dans le cursus scolaire. Outre Marie Vieux-Chauvet, il existe de grands auteurs de notre littérature classés parmi des classiques qui devraient être étudiés dans les écoles. Nos ministres ont préféré se confiner dans les détails plutôt que de s’occuper vraiment d’éducation. Il faudrait peut-être un jour écrire une Lettre ouverte à ceux qui aiment l’école.

Une fois la rencontre terminée, la caravane prend la direction de Deschapelles, une autre ville du département. Même si les infrastructures y font énormément défaut, il y a l’hôpital Albert Schweitzer fondé en 1956 par le philanthrope et médecin américain William Larimer Mellon, dit Larry Mellon, qui dessert une bonne partie de la République. Il y a aussi et surtout la Bibliothèque communautaire de Deschapelles (BCD), un vrai havre de paix pour Michaël, ce petit garçon de huit ans qui passe son temps à regarder les dessins et les couleurs qui emplissent les pages ; aussi pour Medgine, cette petite fille de neuf ans qui cherche dans la lumière des livres le goût et le plaisir de vivre. Medgine habite juste à côté. Élève de troisième année fondamentale, elle passe tout son temps ici. C’est qu’elle espère lire tous les livres de la BCD et connaître beaucoup d’histoires qu’elle pourra partager avec ses amis.

Bâtie sur une superficie de 291m2, la bibliothèque est le fruit de la solidarité d’un groupe d’étrangers, américains pour la plupart, touchés du désastre causé par le tremblement de terre de 2010. Inaugurée le 8 janvier 2016, elle a été fondée par l’Organisation pour le développement économique et social de Deschapelles  (Odes), avec le support de la Sister city essex Haïti des États-Unis d’Amérique. Elle fait aujourd’hui partie du réseau des bibliothèques supportées par la Fondation connaissance et liberté (Fokal). Dotée de près de 3 000 titres, s’il faut se fier aux propos de son animateur, Odverne Charles, la bibliothèque dispose d’un club de lecture et fonctionne du lundi au vendredi de 9h jusqu’à 21h, et le samedi jusqu’à 16h. Si la littérature est très présente à la BCD, il faut toutefois signaler que le livre haïtien est quasiment absent de toute la gamme de titres qui garnit les rayons. Juste une trentaine pour les 150 lecteurs qui la fréquentent chaque semaine.

Le lendemain, nous avons visité deux autres bibliothèques : la Bibliothèque publique flanm lespwa de Liancourt et la Bibliothèque du centre culturel Konbit de Liancourt, deux initiatives de jeunes de la zone qui rêvent de transformer la première section communale de Verrettes. Ne pouvant alimenter ces deux espaces de recherches qui desservent les écoliers et étudiants, ils appellent à la bonne volonté des uns et autres, des autorités publiques en particulier, pour faire de ces réduits de vrais centres de documentation.

Le clou de de la visite a été l’atelier réalisé autour de Marie vieux-Chauvet dans les locaux de l’Association des parents et professeurs d’écoles de Liancourt (Appel). Environ une cinquantaine d’écoliers, étudiants, professeurs et directeurs d’école ont assisté à l’activité qui a pris au début l’allure d’une conférence autour de la vie et l’œuvre de la romancière-martyre. Après les interventions d’Exavier, Jean Cajou et Jean James Rolph qui ont présenté une lecture de la première partie de Les rapaces –le dernier roman de l’Invitée d’honneur de la 22ème  édition de Livres en folie, des échanges assez fructueux ont lieu entre le public et les membres de l’atelier autour des trois premiers livres de l’auteur. Réagissant sur la teneur du message que véhicule son œuvre, l’assistance n’a pas caché son désir de voir cet auteur enseigné et étudié dans les écoles. « Pourquoi n’avais-je pas eu la chance de découvrir Marie Chauvet plus tôt ? Pourquoi nous ne trouvons pas ses livres dans les bibliothèques ? », demande une jeune fille d’une dix-huitaine d’années environ dans un français impeccable qui prouve sa maîtrise de la langue.

Réalisée avec le soutien du maire de Verrettes-Liancourt, Fritz Joseph, en collaboration avec la population Liancourtoise, sans oublier le directeur de l’Institut mixte Lavoisier de la Croix-des-Bouquets, cette caravane de lecture a été un vrai prétexte pour permettre aux jeunes de faire la connaissance de l’auteur-centenaire, mais surtout de découvrir l’univers du livre et de la lecture. En cette période estivale, quoi de plus précieux que de profiter des moments de la lecture ? C’est Proust même qui le dit dans l’incipit  de son essai Sur la lecture, à savoir qu’« il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passé avec un livre préféré ».

Cap à présent sur Fonds-des-Nègres, la prochaine destination…

Dieulermesson PETIT FRERE

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