Les pantoufles de Jeanie Bogart…

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La poésie de Jeanie Bogart sue la tendresse, l’étreinte et le souvenir de ces rendez-vous manqués avec l’aube. Écriture de l’intime, des émotions fortes qui dit le rapport de la poétesse avec le monde, l’autre et son milieu. Sentiments de mal-être, de douleur et de deuil qui émanent du départ ou de la séparation. Dans le débarras de cette chambre qui garde encore le parfum de ce corps devenu ombre, le silence laissé par ses mots qui résonnent dans le lointain, il n’y a que ses pantoufles qui restent… Cette part de lui-même qui permet de mesurer le vide créé par l’absence.

Dans l’imaginaire de la poétesse, les pantoufles sont assez symboliques. Elles évoquent l’espoir, quitte à ce qu’il soit fou, d’un retour probable de cet être qui berce encore sa vie. À lire ses vers, l’on comprendra que ce sont, entre autres, les départs, les cassures qui permettent à l’amour de prendre racine. C’est elle qui le souligne : « le ciel n’est pas bleu sans nos désillusions amoureuses ».

L’on ne peut nier la part du narratif dans la prose poétique de Jeanie Bogart. Elle raconte sa solitude, son abandon dans une langue dépouillée, libérée et pleine de subjectivité à tel point que le lecteur est quelquefois pris au piège des regards jetés çà et là, devenant ainsi une part de son intimité. Elle oscille entre « certitude douteuse » et « espoir ». Sensible et fragile, la poétesse est torturée par des bribes de souvenirs parce que refusant d’admettre la séparation de cet être dont elle attend toujours la renaissance comme un bruit d’orage.

Un jour… Tes pantoufles…

Je regardais tes pantoufles, et dans le débarras de ta chambre, ma
mémoire s’habituait à la légère couche de poussière qui recouvrait tes
meubles et qui envahissait notre âme.

N’en est-il qu’illusion, cette vermine fouillant partout et grouillant à
travers nos deux vies ? Absence latente d’une certitude douteuse. Nous
n’aurons peut-être pas assez de temps. Ce temps qui me colle à la peau
comme une sangsue exsangue. Ce temps monotone, crasseux, ventru,
dément. Ce temps que je supplie de nous laisser encore un peu de temps.

Et surtout l’envie de fuir cette vie, de fuir ces démons ; l’envie de fuir
nos propres réalités. Aurons-nous suffisamment de temps pour ?

À faire l’amour à tort ou à raison, à tort et à travers parce qu’on aurait
aimé basculer nos vies, nos souffrances, nos espoirs. Se baiser rageusement
comme on aurait voulu baiser notre mal. Nous n’avons pourtant rien fait
de mal. Juste une tricherie contre soi-même. La cadence accélérée de l’incompris.
Le train de l’avenir poursuit sa course haletante, loin de nous.

Dans la poussière de tes pantoufles s’élevait le désir de palper
l’invisible, l’inexistant

Qu’adviendra-t-il de ce que nous ne saurons sans doute jamais ?
Aquarelle sans image et incolore? Parfum d’une passion incontrôlée ?
Rejet de deux vies désabusées ?

Nous ne serons jamais de ce monde où les monstres s’acharnent à
dénouer nos doigts, à dénouer nos amours et à défaire nos illusions.
Nous ne serons jamais de ce monde où le temps, monolithe de souffrances,
de noire tristesse a barbouillé nos rencontres à venir.

Je ne savais pas ce que mon corps faisait. Je ne savais pas ce que ton
cœur voulait. Mais je savais que tes pantoufles, avec toi, reviendraient
un jour me dire que tes doigts attendent les miens pour se nouer, que
le ciel n’est pas bleu sans nos désillusions amoureuses, que le temps s’en
ira nous laissant sur la rive du fleuve Espoir.

Jeanie Bogart, Un jour… tes pantoufles, LEGS ÉDITION, 2015, p. 32.

 

 

Dieulermesson PETIT FRERE

 

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